Flower and Snake (花と蛇)

de Masaru Konuma, 1974

avec : Naomi Tani, Hiroko Fuji, Yasuhiko Ishizu

scénario : Dan Oniroku


Flower & Snake est tout simplement, autant le dire tout de suite, un chef d'oeuvre du pinku SM. Comportant de nombreuses scènes de bondage mais sans se réduire jamais à un simple alignement de séquences de torture, il bénéficie de plus de quelques scènes étonnantes et originales et d’un scénario qui, une fois n’est pas coutume, possède un intérêt en soi.

Les protagonistes du film donnent à eux seuls un bon aperçu du degré de "normalité" auquel se situe le film. Le chef d'entreprise s'amuse avec une employée de maison et des chenilles et Makoto, un de ses employés, a une mère propriétaire d'un magasin spécialisé dans les articles pornographiques et organise des soirées bondage au sous-sol. Makoto, surprotégé et gâté par sa mère, se livre avec passion à ses penchants onanistes, accumulant les mouchoirs souillés sous sa fenêtre. Dans une scène touchante, il brûlera ses derniers pensant enfin avoir trouvé l'amour de sa vie. Shizuko (Naomi Tani), la femme du patron, est lesbienne et a une relation avec l’employée de maison. Son refus d’avoir une relation sexuelle avec son mari, conduit ce dernier à faire appel à un de ses employés, en fait Makoto, pour "corriger" sa femme.
Mais Makoto tombe amoureux de la femme qu’il doit punir car c’est la seule avec laquelle il parvient à vaincre son impuissance en dégradant la représentation qu’il se fait de la femme (construite sur l’image d’une mère castratrice). Sa mère, ne supportant pas de voir son fils s'éloigner d'elle, tentera vainement de le retenir dans le giron maternel en lui faisant porter la responsabilité d’un meurtre commis dans son enfance.
Ne se contentant pas d'aligner des scènes de jeunes femmes suppliciées attachées par des experts en noeuds, Flower & Snake parvient avec originalité – et non sans humour et immoralité (le dialogue qui clôt le film est succulent), à donner ses lettres de noblesse à un genre qui, soyons franc, compte finalement peu d'excellents films en rapport à la quantité impressionnante de films du genre produits au Japon durant cette période. Le fait que le film se déroule souvent en extérieur permet d’éviter l’écueil du film de bondage sous forme de huis clos soporifique qui tient plus du documentaire que du film de fiction. Ajoutons que la bande originale du film participe pour beaucoup au caractère étrange qui se dégage de l’ensemble du film.
Seul bémol, le film ne peut éviter de jouer sur certains poncifs du genre comme celui de la femme torturée qui finit par apprécier et par reconnaître qu’une relation sexuelle avec des hommes vaut bien mieux qu’une relation homosexuelle. Machisme, quand tu nous tiens.
Bénéficiant d’une très bonne réputation au comme hors du Japon, Flower & Snake est sans nul doute un excellent film dans le genre. Il bénéficie en tout cas de trois atouts majeurs : la réalisation originale et sans failles de Konuma (Wife to be Sacrified, Woman in a Box), la présence toujours agréable de Naomi Tani et un scénario adapté d’Oniroku Dan. Au moins trois très bonnes raisons de le préférer à sa version 2004 par Takashi Ishii.

© zeni

Titre japonais (romanisé) : Hana to Hebi


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