Daydream (白日夢)

de Tetsuji Takechi, 1964

avec : Kanako Michi


Même sans être un obsédé des pinku, ou un obsédé tout court, peut-être avez-vous déjà entendu le nom de Takechi Tetsuji quelque part (par exemple, dans cet excellent article de Midnight Eye qui lui est consacré). Il faut dire que Tetsuji est considéré comme l’un des pères du pinku, bien qu’il soit quasiment totalement oublié au Japon (ainsi le fanzine PG ne cite même pas un de ses films dans son histoire du pinku). Si les motivations de Tetsuji restent peu claires et que sa relation au cinéma est extrêmement ambiguë, il est tout de même l’un de ceux qui ont le plus provoqué l’ire des censeurs japonais pour le contenu érotique de leurs films.
Takechi Tetsuji a commencé très tôt par s’attirer les foudres de la censure, dès 1964 avec The Dream of the Red Chamber, avant de successivement réitérer avec Daydream en 1964 puis Black Snow en 1965, qui donna lieu à un procès pour « obscénité ».

Le film Daydream (librement inspiré d’une nouvelle de Tanizaki Junichiro) n’est peut-être pas non plus inconnu de tous puisque même si l’original de 1964 est quasiment introuvable, il existe une version américaine qui fut distribuée aux Etats-Unis en 1966 dans une version avec des scènes ajoutées (disponible en VHS chez Something Weird Video). De plus, Daydream a donné lieu à deux remakes par Tetsuji lui-même. D’abord Daydream 1981, un véritable remake, puis une séquelle en 1988, Daydream 2 (aka Captured for Sex).
La version que j’ai pu visionner est donc celle de 1966, dans son remontage américain. Le réalisateur Joseph Green (The Brain that Wouldn’t Die, 1962) qui distribua le film aux Etats-Unis en 1966, se chargea également d’ajouter des scènes à la version japonaise. Le résultat est très proche du massacre pur et simple puisque d’abord les scènes ajoutées sont hideuses mais de plus elles n’apportent strictement rien au film. En fait, Joseph Green devait penser, à juste titre, que le film n’avait aucune chance en l’état, car la version japonaise était bien loin des standards occidentaux en terme de films d’exploitation. Mais le choix de retirer au spectateur son droit à l’imagination, ce qui probablement est le plus intéressant dans Daydream, était certainement la pire chose à faire.

Si l’on fait l’effort d’effacer mentalement les scènes ajoutées, ce qui n’est pas bien dur car ces dernières sont tournées en studio avec filtre rouge tandis que le film est en noir et blanc, on constate aisément le contenu très faiblement explicite de la version japonaise. Cette version joue uniquement sur le suggestif, et le mieux que l’on puisse entre apercevoir est une fugace paire de seins sur la fin du film. Les scènes de Green viennent tout simplement et vulgairement coller une représentation extrêmement explicite à ce que les protagonistes (voire les spectateurs) ne font qu’imaginer. Là où un objet ou des paroles suggèrent, Green expose des corps nus dans des positions très explicites, sans la moindre considération esthétique ni de cohérence. Pour ajouter à la vulgarité et la bêtise même de tels ajouts, il pare les acteurs occidentaux de masques hideux qui ne renvoient à rien au film japonais, si ce n’est qu’il évite ainsi facilement des problèmes de ressemblance physique…
Derrière cette véritable boucherie, qui s’estompe d’elle-même sur la fin lorsque la version japonaise propose bien mieux dans le genre, il est cependant possible de tenter d’apprécier le film originel.
Chieko se rend chez la dentiste et un jeune homme, lui aussi client, s’éprend aussitôt d’elle. Dans le cabinet dentaire, l’un comme l’autre se laissent aller à des rêveries de plus en plus étranges.
Daydream , en dépit de sa réputation, est un film au contenu visuellement érotique très limité. Tout est du domaine du suggestif même si le film ose quelques scènes plus provocantes dans sa seconde partie lorsqu’il est question de bondage notamment.
Décrivant initialement une Chieko soumise à un homme qu’un jeune homme tente de libérer tout en se complaisant dans sa position de voyeur, Daydream verse peu à peu dans le fantastique aux relents surréalistes parfois dignes d’Abe Koubou. La relation maître/esclave devient un rapport vampire/victime, allant même jusqu’à offrir une scène sanglante (et en couleur) qui ne laisse aucune ambiguïté. Après ce passage par l’horreur fantastique, la dernière partie prend des allures de film surréaliste avec des scènes de plus en plus étranges dans un depaato (un grand magasin japonais). Cette dernière partie offre également les passages les plus osés avec des scènes de nudité en pleine rue où l’on doute parfois que l’autorisation de filmer ait été obtenue.

Daydream n’est certainement pas un chef d’œuvre mais il peut apparaître plus intéressant, du moins du point de vue de ses qualités formelles, que le très anti-américain et un brin ennuyeux Black Snow, qui semble surtout avoir bénéficier du scandale auquel il a donné lieu. Daydream est sur la forme très réussi et s’il est provocateur ou osé c’est surtout dans le contexte de l’époque. Le film manque cependant de cohérence et apparaît surtout comme un véritable film d’exploitation manquant de temps à autre de finesse (les scènes de bondage, la torture à l’électricité ou encore le thème du vampire). Tetsuji ne s’étant jamais véritablement pleinement investi dans l’art cinématographique, on peut comprendre aisément les défauts de ses films. J’aurai cependant bien aimé voir le résultat d’un Black Snow plus nuancé avec les qualités visuelles d’un Daydream.
© zeni

Titre japonais (romanisé) : Hakujitsumu

Titre(s) alternatif(s) : Daydream 64


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